Auto-Portrait #01 :
Pascal et sa JAGUAR XJ-S « shooting brake »,
« Break de chasse » ou break de classe ?

Jaguar XJ-S "shooting brake" - photographie Marianne Waquier

C’est en Sologne, une région idéale pour un break de chasse, que nous avons déniché cette JAGUAR XJ-S V12 HE de 1982.

 

 

Cette XJ-S a été transformée par LES ATELIERS REUNIS en 1990 en échange de 185 000 francs. Elle a ensuite été intégralement restaurée en 2012 ce qui explique son état « concours ». Elle possède, en outre, la particularité d’arborer les pare-chocs, les bas de caisses et les jantes de la XJR-S. Et ses phares d’origine ont été remplacés par de doubles optiques rondes qui lui donnent un regard plus expressif.

Pascal, son propriétaire, est depuis toujours un passionné de JAGUAR. Mais c’est surtout un amoureux du 6 cylindres XK. Il possède d’ailleurs plusieurs très beaux exemplaires dotés de ce célèbre moteur. Son ​ break de chasse étant motorisé par un V12, il a décidé de s’en séparer. Il s’est déjà mis à la recherche d’une XJS face-lift motorisée par le 6 cylindres 4 litres qui a remplacé le XK. Et il va confier à un carrossier allemand la mission de la transformer à son tour.

Un peu d’histoire :

Pour comprendre la genèse de cette version ​ break de chasse, il faut revenir sur l’histoire du coupé dont elle est issue. La XJ-S a, en effet, connu un destin étrange et presque unique dans l’histoire de l’automobile. Bien que mal-aimée, elle a été produite durant plus de 20 ans à plus de 115 000 exemplaires. Et elle a connu sa meilleure année de vente en 1989, soit 15 ans après sa sortie.

L’Auto-Journal écrivait à l’époque, que la personne qui avait dessiné l’avant de la XJ-S n’avait probablement jamais rencontré celle qui en avait dessiné l’arrière…

Quand elle est présentée en 1975, le public attend une descendante encore plus performante de la TYPE-E. Le groupe BLMC, dont JAGUAR fait partie, souhaite lui un modèle plus ​ grand tourisme afin de satisfaire la clientèle américaine. Le 1er choc pétrolier, en 1974, condamne en effet les véhicules puissants sur le marché européen. Or, la XJ-S est plus grande et plus lourde que la TYPE-E. Et elle n’est disponible qu’avec le V12 associé presque exclusivement à une boîte automatique à 3 rapports. A ce malentendu originel s’ajoutent une finition médiocre et une fiabilité très aléatoire. Mais c’est l’esthétique du coupé XJ-S qui focalise toutes les critiques lors de sa sortie.

Photographies Marianne Waquier

Quand les carrossiers s’en mêlent :

En 1982, dans l’espoir de forcer la main à JAGUAR, le carrossier LYNX présente au public la version ​ shooting brake de la XJ-S sous l’appellation EVENTER. La presse salue unanimement son élégance mais JAGUAR ne donne pas suite. Quelle aurait été la destinée de cette magnifique version si la direction de JAGUAR avait décidé, à l’époque, de l’intégrer à sa gamme ? Elle l’avait pourtant déjà fait en 1988 avec le cabriolet sans arceaux présenté par LYNX en 1981.

La société LYNX a été fondée en 1969 par Guy Black, ingénieur de formation. A l’origine, elle était dédiée à la restauration puis à la reconstruction de JAGUAR TYPE-C et TYPE-D. Plus tard, associé avec Chris Keith Lucas, ils ont fabriqué des EVENTER jusqu’en 2002 avant que l’entreprise ne ferme en 2006.

Fabriquées de manière artisanale et le plus souvent à partir de modèles d’occasion, les XJ-S break de chasse ​ sont donc, presque toutes, des pièces uniques.

A la fin des années 80, un carrossier français, LES ATELIERS REUNIS, a repris, apparemment sans l’autorisation de LYNX, la transformation des XJ-S en ​ breaks de chasse. Cette société, qui utilisait du polyester pour certains éléments, a aujourd’hui disparu. D’autres carrossiers en Europe ont réalisé, eux aussi, des commandes spéciales inspirées par l’EVENTER de LYNX.

Profitons-en pour rétablir certaines vérités :

Car c’est là qu’intervient le second personnage de cette histoire, Pascal Mathieu. Ce citoyen belge a acquis, il y a quelques années, une JAGUAR XJ-S EVENTER et s’est pris de passion pour ce modèle. Il a essayé de retrouver la trace des véhicules encore existants et a organisé une réunion pour les 30 ans du modèle. Il a ensuite racheté les archives de LYNX ce qui lui permet désormais de rétablir certaines vérités. Notamment sur le nombre réel d’exemplaires fabriqués.

Car, si le dernier EVENTER porte le numéro 67, LYNX n’en aurait fabriqué que 63, prototypes compris. Malgré l’absence d’informations fiables, M. Mathieu estime que LES ATELIERS REUNIS en ont fabriqué entre 5 et 10. Et il resterait environ 55 JAGUAR XJ-S break de chasse en circulation ce qui est un taux de préservation assez incroyable. La probabilité que vous en croisiez une dans la rue est donc très faible. Heureusement, nous sommes là…

Jaguar XJ-S « shooting brake » – Photographe : Marianne Waquier

 + d’infos sur la Jaguar XJ-S « shooting brake » ?

Même s’il n’a malheureusement pas le temps de le réactualiser, le site de Pascal Mathieu reste la référence pour les XJ-S ​ break de chasse ​​:  http://www.lynxeventer.com
Il existe aussi un site très complet sur la XJ-S : ​ http://www.xj-story.com
Et un grand merci au French Jaguar Drivers Club pour son aide : http://www.fjdc.fr/web  

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