Évènement :
Restrictions de circulation des véhicules anciens,
La Mairie de Paris répond à toutes nos questions !

Hotel de ville de Paris

Les restrictions de circulation des véhicules anciens, prises par la Mairie de Paris, suscitent bien des fantasmes. Nous sommes donc allés à la source pour obtenir des réponses aux questions que nous nous posons tous…

 

Précisons d’abord que, malgré notre passion pour les voitures et les motos anciennes, nous sommes également des citoyens modernes et responsables. Si nous avons bien conscience de l’importance des enjeux écologiques de notre époque, nous aimons rouler avec nos véhicules car c’est leur vocation. C’est pourquoi, comme vous, nous sommes inquiets des mesures qui sont (ou vont être) prises et de leurs conditions d’application. C’est tout l’objet de cet interview (par mail) que nous a accordé la Mairie de Paris.

Le point sur les mesures actuelles :

MOTOR Social Club :

– Depuis le 1er juillet 2016, la Mairie de Paris a pris la décision d’interdire de circulation dans Paris intra-muros les automobiles ne respectant pas au minimum la norme Euro 2 pour les voitures (soient les voitures immatriculées avant le 1er janvier 1997). Les motos immatriculées avant le 1er juin 2000 sont également interdites de circulation.

–   Ces véhicules interdits ont toutefois le droit de circuler le week-end et la nuit de 20h à 8h,

– Cette décision devait s’appliquer au 1er janvier 2017 et les contrevenants s’exposaient dès lors à une amende de catégorie 3 d’un montant de 68 €.

Est-ce exact ?

Ville de Paris : Oui, à quelques exceptions près,

–   Pour faciliter la compréhension des différentes étapes de nos interdictions, nous utilisons le classement CRIT’Air (voir le tableau ci-joint),

–   La verbalisation pour non-respect de la Zone à Circulation Restreinte  par la Préfecture de Police est effective depuis le 16 janvier 2017 (et non le 1er janvier). Quant aux contrôles pour non apposition de la vignette CRIT’Air, ils sont effectifs depuis le 1er juillet, fin de la période pédagogique,

–   Les Crit’air 5 (soient les voitures “diesel” immatriculées avant le 31 décembre 2000) sont eux aussi interdits de circulation depuis le 1er juillet dernier.

Ndlr :

– Nous n’étions pas au courant de cette nouvelle interdiction intervenue le 1er juillet. Elle concerne les voitures “diesel” sorties entre le 1er janvier 1997 et le 31 décembre 2000. 

– Effectivement, ce tableau CRIT’Air, dont se sert la Mairie de Paris, est très éclairant. Chaque vignette regroupe des 2-roues et des voitures “diesel” ou “essence” respectants des normes européennes différentes.

Les mesures envisagées pour 2020 :

MOTOR Social Club : Nous souhaitons également faire le point sur les mesures envisagées au 1er janvier 2020. Nous avons bien conscience de la difficulté de confirmer des mesures destinées à s’appliquer dans plus de 2 ans. Mais les propriétaires de ces véhicules ont besoin de visibilité afin, par exemple, d’anticiper leur remplacement.

– D’après nos recherches, la Mairie de Paris souhaiterait, à cette date, n’autoriser la circulation qu’aux voitures « essence » respectant au minimum la norme Euro 4 (soient celles immatriculées après le 1er janvier 2011). 

– Concernant les motos et les scooters, les dates de mise en place des normes européennes sont très différentes de celles des automobiles ( norme Euro 3 au 1er janvier 2006). 

Quels sont les millésimes envisagés pour les futures interdictions ?

Ville de Paris : La question du calendrier est en cours de validation au sein de la Mairie de Paris. Nous communiquerons très prochainement sur les différentes étapes pour que chacun puisse s’y préparer. Nous avons bien conscience qu’il est important de prévenir les propriétaires de véhicules en amont.

Ndlr : Si l’on se réfère au tableau CRIT’Air, en 2020, la Mairie de Paris aura le choix entre l’interdiction de circulation des vignettes CRIT’Air 4 ou CRIT’Air 3. Nous sommes prêts à parier que c’est le niveau CRIT’Air 3 – soit l’interdiction de circuler pour les motos antérieures à 2007 et les voitures “essences” antérieures à 2006 – qui sera choisi en 2020.

Le point sur les dérogations :

MOTOR Social Club : Grâce à l’action de la FFVE, les véhicules âgés de plus de 30 ans bénéficient d’une dérogation pourvu qu’ils soient munis d’une carte grise de collection. Ils restent cependant soumis aux restrictions de circulation lors des pics de pollution. Cette dérogation a-t-elle vocation à être prolongée après 2020 ?

Ville de Paris : A priori, oui.

Ndlr : Enfin une bonne nouvelle !

Et en 2030 ?

MOTOR Social Club : Anne Hidalgo a récemment annoncé dans Le Parisien sa volonté d’interdire la circulation de tous les véhicules thermiques dans Paris à partir de 2030. À cette date, les véhicules immatriculés jusqu’en 2000 seront éligibles à une carte grise de collection. Or entre 1987 et 2000, la proportion du diesel dans le parc automobile française a considérablement augmenté. Le diesel ne représentant aujourd’hui que 1% des véhicules de collection (source FFVE). Dans ces conditions, pourrait-elle être prorogée après 2030 ?

Ville de Paris : Tout d’abord, la mesure de fin des véhicules essence est une mesure intégrée au Plan Climat Air Énergie de la Ville de Paris. La date de 2030 pour la fin de ces véhicules est une trajectoire, un objectif vers lequel nos efforts vont se tourner mais ce n’est pas quelque chose de fixé comme règle absolue. Les différentes « conséquences » de la fin des véhicules essence d’ici 2030 vont donc être réfléchies et discutées prochainement.

Ndlr : Nous ne désirons pas tendre le bâton pour nous faire battre, mais la question de l’éligibilité des voitures « diesel » à la carte grise de collection va nécessairement finir par se poser…


MOTOR Social Club : La FFVE a demandé au ministère de l’écologie la création d’un vignette “CRIT’Air” de couleur “or” dédiée aux véhicules de collection. Cela officialiserait leur statut et faciliterait le travail des forces de l’ordre. La Mairie de Paris y est-elle favorable ?

Ville de Paris : Nous ne sommes pas informés de cette nouvelle vignette. Mais si cela peut faciliter le contrôle, nous ne sommes pas contre, dans la mesure où la condition d’obtention est liée à la carte grise collection.

Ndlr : Nous attendons avec impatience la réaction de la FFVE…

Et pour les youngtimers ?

MOTOR Social Club : On peut considérer que rouler dans un véhicule de plus de 30 ans résulte d’un choix délibéré. À contrario, ceux qui roulent dans des véhicules antérieurs à 2000 (les youngtimers) le font principalement pour des raisons économiques. Tandis que ceux qui pourront se le permettre vont acquérir de grosses cylindrées neuves, au bilan carbone déplorable. N’y a-t-il pas là, surtout pour une municipalité de gauche, une forme d’injustice sociale ?

Ville de Paris : Il y a beaucoup d’autres de façons moins onéreuses de se déplacer à Paris plutôt que d’utiliser sa voiture. L’injustice sociale serait de prendre des mesures pour baisser le nombre de voitures polluantes à Paris sans solutions alternatives pour les Parisiennes, Parisiens et Franciliens. Or, même si cela est de compétence totalement régionale, la Ville de Paris se mobilise pour le Plan Bus, les transports en commun innovants et la création de pistes cyclables traversant Paris en faisant le lien avec la petite et grande couronne.


MOTOR Social Club : La FFVE (encore elle) étudie une formule d’assurance dédiée aux youngtimers (donc aux véhicules de plus de 20 ans mais de moins de 30 ans) qui limiterait leur usage à la promenade ou aux loisirs. Ce qui leur permettrait d’obtenir, eux aussi, un statut dérogatoire. La Mairie de Paris est-elle favorable à cette proposition ?

Ville de Paris : Ces voitures peuvent déjà rouler la nuit et le week-end. Il n’y a donc  aucun besoin de les autoriser plus souvent. Si toutes les voitures polluantes ont une dérogation, à quoi cela sert-il ? il faudrait alors revoir nos choix envers les véhicules de collection…


MOTOR Social Club : Dans ce cas, en 2020, l’autorisation, pour les véhicules interdits, de circuler le week-end et la nuit pourrait-elle être prorogée ?

Ville de Paris : Aucune décision n’a encore été prise. Ni sur l’opportunité de le faire, ni sur une quelconque date. Pour l’après 2020, nous ne pouvons donc pas nous prononcer…

Ndlr : La Mairie de Paris ne désire visiblement pas mettre en place un nouveau statut dérogatoire pour les youngtimers. Nous pensons donc que les associations qui défendent nos intérêts devraient militer pour maintenir la tolérance de rouler la nuit et le week-end. Cela nous semble être un moindre mal et permettrait de conserver l’utilisation « loisirs » de nos véhicules. L’impact de cette tolérance sur la pollution étant négligeable, la Mairie de Paris pourrait certainement l’accepter…

Les contrôles :

MOTOR Social Club : Depuis le 1er janvier 2017, et hormis lors des pics de pollution, les contrôles de police dédiés spécifiquement aux restrictions de circulation des véhicules anciens sont quasi inexistants. Pourquoi ?

Ville de Paris : Ils existent déjà mais c’est la Préfecture de Police qui en est responsable jusqu’au 31 décembre 2017. À partir du 1er janvier 2018, la Mairie de Paris va récupérer cette compétence ce qui lui permettra de verbaliser ce type d’infractions.

Ndlr : On peut donc s’attendre à des contrôles à partir du 1er janvier 2018.

La résistance :

MOTOR Social Club : Si les automobilistes parisiens sont, pour l’instant, peu fédérés, en revanche les motards le sont et la FFMC (Fédération Française des Motards en colère) est très active. Elle a déjà, par ses actions, fait échouer des projets de lois comme l’obligation de port d’un gilet réfléchissant ou l’instauration d’un contrôle technique obligatoire. La mairie de Paris s’inquiète-t-elle des manifestations d’envergure que le début de ces contrôles pourrait engendrer ?

Mairie de Paris : La Ville de Paris n’a pas peur de faire appliquer la réglementation…

Ndlr : La FFMC appréciera…

Et la région ?

MOTOR Social Club : Il y a quelques années, Airparif a modélisé l’effet de ces restrictions sur la qualité de l’air. Selon cette étude, les mesures ne seraient efficaces que si elles étaient étendues à la région Île-de-France. Compte-tenu de la mise en place prochaine du “Grand Paris”, la Mairie de Paris est-elle en relation avec les communes limitrophes afin qu’elles adoptent les mêmes restrictions de circulation ?

Ville de Paris : Oui, nous discutons avec les communes limitrophes pour qu’il y ait une politique anti-pollution cohérente et égale selon les territoires. La région Île-de-France a aussi un rôle à jouer dans la mise en place de cette cohérence.

Ndlr : Quand on connaît l’antagonisme entre la présidente du conseil régional d’Île-de- France, Valérie Pécresse et la Maire de Paris, Anne Hidalgo, la mise en place d’une politique commune semble difficile. D’autant que Valérie Pécresse ne manquera pas d’utiliser à son profit le mécontentement des motards et des automobilistes…

Combien ?

MOTOR Social Club : Pour conclure, la Mairie de Paris connaît-elle le nombre de véhicules concernés par les restrictions de circulation actuelles ?

Ville de Paris :

                                   Sources des données
Enquêtes trafic Immatriculations « Paris » Immatriculations « Île-de-France »
Voitures « essence » et « diesel » avant 1997   4 000 véhicules 50 000 véhicules 430 000 véhicules
Motos avant 2000   3 700 véhicules   3 000 véhicules   13 000 véhicules
Voitures « diesel » avant 2000 10 400 véhicules 35 000 véhicules  400 000 véhicules

Cependant, les données concernant les véhicules anciens sont à prendre avec prudence. Ces véhicules roulent-ils encore ? Et si oui, roulent-ils à Paris ? De plus, une part non négligeable des véhicules détruits ou abandonnés n’est pas déclarée, ce qui fausse les statistiques.

 

Conclusion :

On peut deviner, à la lecture de cet interview, qu’il sera très difficile d’infléchir la volonté de la Mairie de Paris de réduire la circulation des véhicules les plus polluants. Bien entendu, nous savons tous que les moyens de transports ne sont pas les seuls responsables de la pollution et que les véhicules électriques ne sont pas si vertueux qu’on le prétend : quid de la production de l’électricité nécessaire et du recyclage des batteries ? De plus, le développement des moyens de transports collectifs aurait dû être un préalable aux restrictions de circulation.

Comme vous le savez, notre site est très attaché au plaisir éprouvé au volant (ou au guidon) de nos véhicules vintage. Mais, force est de constater que Paris n’est pas, en semaine, leur terrain de jeu idéal. La possibilité de rouler sans restrictions avec nos véhicules en cartes grises de « collection » et le soir et le week-end – et donc de pouvoir quitter Paris – avec nos youngtimers nous semble être un moindre mal. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Il est cependant dommage que les motos soient mises dans le même sac que les voitures. Il n’existe pas de motos « diesel » et elles ne sont pas prisonnières des encombrements, tellement polluants. N’oublions pas qu’elles sont aussi, la plupart du temps, utilisées au moins à 50% de leur capacité de transport !

Quant aux problèmes sociaux que peuvent induire ces restrictions de circulation, ils s’inscrivent dans le phénomène plus large de gentrification des villes importantes et de fracture sociale entre ces mêmes villes et leurs périphéries. Espérons que le « Grand Paris » – et notamment son ambition de développer des réseaux de transports en commun inter-banlieues – permettra de réduire les inégalités territoriales et de rendre ces populations moins tributaires de la voiture…

Nous tenons à remercier Mathilde Pieraut du service de presse qui a assuré la relation entre notre site et les services concernés de la Mairie de Paris.