Culture Club #07 :
le haut de gamme à la française,
« Motor dolorosa »

La Citroen SM : le dernier véritable "haut de gamme" français ?

Ça fait longtemps que les amateurs de belles mécaniques se sont détournés de la production française. C’est, en grande partie, dû à l’absence de motorisations prestigieuses.

 

Car, le haut de gamme, c’est avant tout une affaire de moteur. Quel aurait été le destin d’Alfa Romeo sans les Bialbero et Busso ? Et ceux de Jaguar et BMW sans le « XK » et la dynastie des 6 cylindres en ligne ? Mais, dans la seconde moitié du XXème siècle, le seul moteur noble a avoir vu le jour en France est le V6 PRV. Noble, vraiment ?

Au sortir de la guerre :

Dans les années 50, les marques françaises de prestige sont mal en point. Leurs patrons ou fondateurs sont morts pour la plupart, les outils de production sont détruits ou obsolètes et les matières premières manquent. De plus, la maigre clientèle encore capable de s’offrir ce genre de véhicules ne saurait se contenter de modèles conçus avant-guerre. Toutes ces entreprises vont progressivement disparaître et il ne restera bientôt que 5 constructeurs français : Citroën, Panhard, Peugeot, Renault et Simca. La priorité de l’état étant de re-motoriser le pays, ils s’attellent à la tâche et développent principalement des modèles populaires.

A cette époque, le modèle français le plus haut de gamme est la Ford Vedette, motorisée par un asthmatique V8 à soupapes latérales.

Les derniers haut de gamme français :

Et quand en 1954, Jean Daninos décide de lancer son ambitieuse Facel Vega, il est contraint de choisir un V8 américain d’origine Chrysler. L’élaboration d’un moteur multi-cylindres étant ruineuse, les autres petits constructeurs européens seront obligés de faire de même comme Iso, De Tomaso, Jensen et bien d’autres. Ce moteur, bien que peu sophistiqué, est fiable et puissant. Associé à une finition soignée et une ligne sublime, il permettra aux Facel Vega d’être encore, à ce jour, les dernières voitures de luxe françaises.

Photo d’époque de la sublime Facel Vega II

Un an plus tard, Citroën présente la DS, une révolution esthétique et technologique. C’est un un grand succès commercial auquel il manquera toujours un moteur digne de son rang. C’est en partie pour combler cette lacune que Citroën rachète Maserati et charge l’entreprise italienne d’étudier un V6 afin d’équiper la SM. Malheureusement, ce moteur n’est pas une réussite et le 1er choc pétrolier finira d’achever le modèle dont la production s’arrête en 1975.

La SM reste cependant, à ce jour, la dernière véritable incarnation du haut de gamme à la française.

La naissance du PRV :

Et c’est là qu’apparaît le fameux V6 “PRV” qui, comme son nom l’indique, est le fruit d’un accord industriel entre Peugeot, Renault et Volvo. Mais ce moteur était, à l’origine, prévu pour être un V8, tout comme le V6 Maserati de la SM. Ce qui explique son angle de 90°, inhabituel pour un 6 cylindres. Le PRV a été, à l’époque, salué pour sa modernité et son utilisation massive d’aluminium Mais il a aussi été critiqué pour sa sonorité banale, l’irrégularité de son fonctionnement et son appétit gargantuesque.

Il sera cependant amélioré tout au long de sa carrière. Renault, lui offrira des manetons décalés, un turbo et une injection électronique pour motoriser dignement son haut de gamme de l’époque, la Renault 25 V6 turbo. Peugeot, quant à lui, préfèrera l’équiper de culasses multi-soupapes et d’une admission variable. Le PRV finira par développer 400 CV dans les dernières VENTURI et même 680 CV dans le prototype Peugeot Oxia.

Ce PRV, tant décrié, détient toujours le record de la plus grande vitesse atteinte aux 24 Heures du Mans : 405 KM/H !

PRV, le seul fautif  ?

Certes, ce moteur n’a jamais convaincu les amateurs de belles mécaniques. Mais il a quand même équipé de nombreux modèles – dont la célèbre DE LOREAN – et il a été produit à près d’1 million d’exemplaires. Et, jusqu’en 1998, tous les haut de gamme français traineront, comme un boulet, ce moteur mal-né. Le PRV n’est cependant pas le seul responsable de l’incapacité des constructeurs français à produire des haut de gamme crédibles. Car leurs véhicules, souvent intelligemment conçus, ont toujours négligé la fiabilité et surtout la finition et l’ambiance intérieure. Les torts sont donc partagés…

Certainement une des voitures les plus exotiques motorisées par le PRV : la De Lorean.

L’augmentation des prix du pétrole, la mise en place des limitations de vitesse et d’une vignette protectionniste défavorable aux grosses cylindrée n’ont, évidemment, pas poussé les constructeurs français à développer des moteurs de prestige. Une fiscalité avantageuse les a plutôt incités à investir dans le diesel. Avec les conséquences désastreuses que l’on sait… Heureusement, après plus de 40 ans de purgatoire, les constructeurs français ont été sauvés par le gong. Les préoccupations environnementales favorisent maintenant le downsizing, l’hybridation et la propulsion électrique. Il était temps…

Si vous voulez en savoir plus sur le PRV, faites comme nous et rapprochez-vous de l’association PRV Concept. Vous ne le regretterez pas…

MOTOR Social Club vous souhaite de joyeuses fêtes de fin d’année. On se retrouve jeudi 4 janvier 2018 avec notre premier film !